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Le développement durable dans les PME-PMI : quels enjeux, quels freins ?

décembre 2008
Extrait du rapport de la CCIP : «PME-PMI franciliennes et développement durable en Île-de-France, un cap à passer pour dynamiser notre économie »

 « Durabilité », « éco-compatibilité », « responsabilité sociale de l’entreprise »... Qui aurait cru, il y a encore quelques années, que cette foison de néologismes se serait immiscée en si peu de temps dans la sphère de notre langage quotidien ? Aujourd’hui, force est de constater que jamais cette question n’a été autant d’actualité.
Pour autant, les PME-PMI peinent encore à intégrer le développement durable. Cela  renvoie au constat global effectué, selon lequel il ne s’agit pas d’une priorité à leurs yeux. Plusieurs grands facteurs, plus ou moins interconnectés, peuvent être avancés pour expliquer cette situation.

 

1. Le développement durable, un « idéal » qui peine encore à convaincre

1.1 Une question de compréhension et d’appropriation

Malgré l’émergence d’une prise de conscience, un certain nombre d’entrepreneurs semble pâtir d’une perception tronquée de la notion de développement durable, laquelle est tantôt simplifiée à l’excès – dans ce cas elle est généralement confondue avec la préservation de l’environnement –, tantôt au contraire considérée comme trop lointaine des préoccupations de l’entreprise et peu opérationnelle.

De ce point de vue, il est clair que les « grands discours » globalisants voire « jargonnants» sur le réchauffement climatique, la solidarité nord-sud ou même la responsabilité sociale des entreprises (RSE) peinent à « parler » aux entrepreneurs et ne leur sont au final que de peu d’utilité pour favoriser une quelconque appropriation des enjeux.

Comment, dans ces conditions, les PME-PMI pourraient-elles se sentir véritablement concernées ?

1.2 Les doutes sur la « profitabilité » du développement durable

En dehors des difficultés de compréhension et d’appropriation, il apparaît que les PME-PMI, dans leur ensemble, perçoivent davantage les contraintes – dont les coûts – du développement durable que les opportunités qu’il est susceptible d’offrir.

L’enquête CROCIS-Médiamétrie réalisée1 met du reste en évidence que les deux premiers motifs qui conduisent les PME-PMI à s’orienter vers le développement durable sont d’une part la motivation du dirigeant (pour 65 % des entrepreneurs interrogés), et d’autre part le respect de la réglementation (pour 50 % d’entre eux). Il apparaît ainsi que ces motifs, indépendamment de leur bien-fondé, sont assez déconnectés de la logique économique, de la raison d’être de l’entreprise.
En résonnance à cette analyse, notons que seuls 26 % des entrepreneurs interrogés déclarent que le développement durable peut représenter un atout pour l’entreprise sur le plan économique.

La question du lien de la causalité entre RSE et création de valeur et compétitivité se pose aujourd’hui avec une certaine acuité. De fait, le sujet est complexe et la corrélation n’est pas toujours facile à établir.

Les recherches se multiplient pour tenter de démontrer, au-delà des retours d’expérience et des indicateurs de circonstance, la « profitabilité » des investissements durables à travers l’analyse d’un certain nombre de critères (performance financière sur le long terme, avantage de marché, anticipation des contraintes, réputation, réduction des coûts).


2. Les freins liés aux clients et aux partenaires économiques

2.1 La faible intégration du développement durable dans les actes d’achats des clients

Généralement sensibilisés au développement durable et dotés d’une politique qui tend à se structurer en la matière, les grands groupes ou les acheteurs publics sont considérés comme des « fers de lance » à même d’influencer la stratégie et les pratiques des PME-PMI.

Rares sont aujourd’hui les grands donneurs d’ordres n’ayant pas entamé une réflexion sur la manière d’intégrer des critères de développement durable dans le choix de leurs fournisseurs ou sous-traitants.

Cette dynamique est néanmoins à relativiser, en ce sens que :

- les exigences des grands donneurs d’ordres – publics comme privés – en termes de développement durable restent limitées et, a fortiori dans un contexte économique critique, il est courant que seul le critère du prix soit pris en compte. C’est ainsi que l’enquête fait apparaître que seuls 12 % des entrepreneurs interrogés déclarent que l’exigence imposée par les clients et/ou les partenaires financiers est une des raisons principales qui les incitent ou les inciteraient à appliquer le développement durable dans l’entreprise ;

- réciproquement, si différentes enquêtes révèlent que l’acte d’achat constitue un des leviers les plus importants pour la mise en œuvre du développement durable dans les grandes entreprises2 et que ce même développement durable est la troisième priorité pour les directeurs achats3, la concrétisation de ces intentions relève aujourd’hui encore du « challenge »4.

- la plupart des donneurs d’ordre se limite à « faire les choses à moitié » en imposant des exigences de « durabilité » à leurs fournisseurs ou sous-traitants sans se soucier d’amorcer un dialogue autour de la répartition des coûts en résultant ou des modalités de mise en œuvre des actions. Le plus souvent, la PME-PMI est donc « prise en étau » entre, d’un côté, la pression exercée sur les prix et, de l’autre, les exigences des donneurs d’ordre en matière de développement durable. Comment faire, compte tenu de cette réalité, pour « rester dans le marché » à des conditions acceptables ?

Quant aux entrepreneurs en contact direct avec le consommateur final (commerce de détail, hôtellerie-restauration…), s’ils constatent un intérêt croissant pour le développement durable, celui-ci tarde à se concrétiser dans l’acte d’achat, pour lequel le critère du prix reste largement prépondérant.

2.2 La timidité des acteurs financiers

Le secteur financier - banques, assurances, gestionnaires de fonds, « capital-risqueurs »,…- a notamment pour fonction de financer des projets et de favoriser le démarrage d’activités. En ce sens, il est à même de favoriser une approche plus ou moins durable du développement.

2.2.1 Finance et développement durable : aperçu des connexions existantes

Quoique les liens entre développement durable et finance n’aillent pas de soi, l’intérêt des acteurs financiers pour le développement durable et la RSE va en s’accroissant. C’est ainsi que près de 400 investisseurs institutionnels et sociétés de gestion sont actuellement signataires des Principes pour l’investissement responsable (PRI) afin de développer l’intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans leur gestion en s’appuyant en particulier sur l’investissement socialement responsable (ISR).

De la même manière, l’émergence de fonds d’investissements « verts » et la progression du capital risque « vert » – lequel, hors finance carbone aurait atteint en France près de 700 millions € à la fin du 1er semestre 2008 – témoigne de cet intérêt nouveau.

Enfin, signalons que le renforcement global de la réglementation et de la responsabilité environnementales commence à avoir un impact sur la constitution progressive d’une offre bancaire ou assurantielle « éco-responsable ».

En la matière, on peut relever :

- les mécanismes « d’éco-prêts » / de crédit-bail, étant entendu qu’une offre spécifique orientée en direction des PME-PMI commence à apparaître ;
- les financements spécifiques proposés dans le secteur des énergies renouvelables, qui montent en puissance ;
- les accords passés par les établissements bancaires ou les assurances avec les acteurs en charge de l’accompagnement des entreprises ou de l’élaboration de référentiels RSE, en vertu desquels les entreprises « engagées » se voient octroyer des avantages financiers.

2.2.2 Un intérêt qui reste confidentiel

Malgré les éléments positifs relevés, il apparaît aujourd’hui que les projets « développement durable » des PME-PMI ne bénéficient pas d’une offre privée de financements à la hauteur des enjeux. Il s’avère, en effet, en particulier que :

- les investissements relevant de la protection de l’environnement sont encore essentiellement financés par recours aux fonds propres ;
- les efforts des PME-PMI sont peu reconnus et répercutés dans la relation contractuelle ;
- malgré l’émergence – timide – de l’ISR, les investisseurs n’ont globalement pas encore intégré la notion de « performance globale » comme critère d’évaluation de la santé d’une entreprise et d’opportunité de leurs choix d’investissement, a fortiori pour des sociétés non cotées ;
- les fonds d’investissement « verts » pâtissent du manque de maturité de ce marché et d’un niveau relativement élevé de risques, bien que les acteurs institutionnels s’attachent à l’amoindrir.

2.3 Les carences de l’offre et de sa mise en relation avec la demande

Le marché de l’environnement et du développement durable est actuellement en cours de structuration et n’a en tout état de cause pas atteint son plein degré de maturité, ce qui semble à certains égards entraver les bonnes volontés.

Les PME-PMI souffrent d’un certain décalage entre leurs besoins – consommables et biens d’équipements écologiques, véhicules « propres » et services auxiliaires, énergies renouvelables, isolation des bâtiments…– et l’offre existante.

De fait, beaucoup de fournisseurs ou prestataires ne proposent pas d’offre « éco-responsable », et, lorsque cette offre existe :
- elle ne donne pas toujours entière satisfaction sur un plan strictement technique ;
- sa mise en relation avec la demande est régulièrement entravée par une information et un référencement inadéquats, malgré les initiatives en cours.

Il est à noter que ces carences ne se cristallisent pas exclusivement sur l’offre de biens et de produits « éco-responsables ». L’offre de formation, par exemple, peine elle aussi à se structurer pour répondre aux besoins des PME-PMI.

 

Au-delà de ces deux grands facteurs, il convient d’insister sur le fait qu’il existe aujourd’hui encore un décalage important entre les entreprises et leur territoire. Or, il est probable que plus la PME-PMI sera intégrée à son territoire et aura conscience de ses enjeux, plus elle sera incitée à se développer « durablement » ; réciproquement, le développement durable représente clairement un trait d’union potentiel entre les entreprises et leur territoire, qui pourrait leur permettre de se rapprocher autour d’objectifs communs et d’intérêts partagés. 

Toujours est-il que, pour surmonter ces difficultés, des dispositifs d’incitation, d’aide et d’appui ont d’ores et déjà été mis en place (réglementation, référentiels environnementaux, leviers fiscaux…). Cependant, leur bilan semble mitigé. C’est pourquoi la CCIP, dans le cadre du rapport « PME-PMI et développement durable en Ile-de-France », avance aujourd’hui 38 propositions concrètes pour aider les PME-PMI franciliennes à intégrer au mieux le développement durable, avec en ligne de mire des effets positifs attendus sur la croissance et la compétitivité régionales5.


 

1. Voir de le rapport complet de la CCIP, «PME-PMI franciliennes et développement durable en Île-de-France, un cap à passer pour dynamiser notre économie ». Télécharger le rapport. (retour)
2. Enquête ACCENTURE RESEARCH réalisée en 2008 auprès d’un échantillon de 100 entreprises françaises représentatif des 1 000 premières entreprises françaises en termes de revenus, de secteurs d’activité et de taille. (retour)
3. Enquête HEC European sustainable Procurement survey, effectuée en liaison avec les cabinets ARIBA et ECOVADIS entre mars et juin 2007, auprès de 100 directeurs achats d’entreprises européennes. (retour)
4. L’enquête HEC fait apparaître que seuls 10 % des répondants déclarent pleinement mettre en oeuvre une politique « durable » d’achats. (retour)
5. Voir de le rapport complet de la CCIP, «PME-PMI franciliennes et développement durable en Île-de-France, un cap à passer pour dynamiser notre économie ». Télécharger le rapport. (retour)

Ressource complémentaire : Télécharger l'intégralité du rapport

 

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