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Entreprises : comment avoir connaissance des futurs marchés publics

janvier 2010
Par Alice Legal, pour entreprise-et-droit

Les marchés publics français représentent près de 10 % du PIB national (soit 130 milliards d'euros par an). Ils correspondent à l’ensemble des achats effectués par les personnes publiques pour pourvoir à leurs besoins en matière de travaux, de fournitures et de services. De l’achat de crayons à la construction d’une école, en passant par la maintenance du parc informatique ou encore l’entretien de locaux… les domaines dans lesquels une entreprise est susceptible d’être prestataire d’une personne publique sont extrêmement nombreux et variés, représentant autant d’opportunités commerciales.

Savoir c’est pouvoir

Le vieil adage en vertu duquel l’information est une condition fondatrice et indispensable à l’action rappelle que le préalable incontournable à l’entreprise qui souhaite soumissionner à un marché public est celle de la connaissance des besoins de l’administration. Or, les supports de communication et d’annonce varient selon le montant et les types des marchés en jeu : affichage légal, publication dans des revues professionnelles, diffusion dans les journaux officiels… Véritable quête du Graal que celle de la lecture de ces différents médias ! Certes, les technologies de l’information et de la communication ont profondément modifié la donne puisqu’un simple clic permet désormais de surfer d’une annonce de marché à une autre. Pour autant, internet n’est pas encore l’outil universel.


Pour les marchés les plus importants : les journaux officiels

Le livre de chevet indispensable à l’entrepreneur qui veut s’informer sur les marchés publics d’une certaine importance financière est sans nul doute le BOAMP (Bulletin officiel des annonces de marchés publics). C’est lui qui publie obligatoirement (et diffuse en ligne) les annonces de marchés de fournitures ou de services portant sur un montant supérieur à 125 000 € HT pour l’État et à 193 000 € HT pour les collectivités territoriales. Il publie de même les marchés de travaux dépassant 4 845 000 € HT.

La consultation dématérialisée offre, par ailleurs, la possibilité d’effectuer une véritable veille grâce à la recherche multicritères proposée par le site du BOAMP. Elle permet, en effet, de trouver une annonce en fonction de la classe d’activité du marché (ex : classe 30, machines de bureau et matériel informatique ; classe 45, travaux de construction ; classe 65, services d’intermédiation financière), par mot-clef (ex : audiovisuel, espaces verts, véhicules…), par lieu (ville, code postal, département, région), par organisme acheteur, ou même - si on les possède – par les références précises de l’annonce (son numéro, sa date de parution au BOAMP…). Autre avantage de la veille en ligne : il est possible de mémoriser les critères de sélection en vue d’une recherche ultérieure. C’est la rapidité et l’efficacité de l’accès à l’information qui sont ainsi renforcées.

Quant aux entreprises qui désirent travailler avec les acheteurs européens, le JOUE (Journal officiel de l’Union européenne) se révèle être d’une consultation indispensable. En effet, il publie (dans sa série S) obligatoirement les annonces de marchés de travaux d’un montant supérieur à 4 845 000 € HT et celles des marchés de fournitures ou de services dont le seuil excède 125 000 € HT pour l’État et 193 000 € pour les collectivités territoriales. A noter que la publication au JOUE s’ajoute à celle au BOAMP.

Le JOUE permet avant tout de prendre connaissance des marchés publics des autres États membres de l’UE et de ceux appartenant à l’EEE (Espace économique européen ) pour lesquels les entreprises françaises peuvent soumissionner librement. Le seul obstacle est ici linguistique puisque les avis de marché sont rédigés dans la langue de l’autorité émettrice.

Soulignons enfin que des marchés d’un montant inférieur à ceux précisés plus haut peuvent être mentionnés dans le BOAMP ou le JOUE, d’une part, et que la plupart des marchés ici concernés figure également sur les sites internet des acheteurs, d’autre part.


Pour les MPPA : consulter avant tout les JAL

L’acronyme MPPA (d’aucuns préfèrent parler de MAPA) correspond aux "marchés passés selon une procédure adaptée" dont le montant est inférieur à 125 000 € HT pour les marchés de l’État et 193 000 € HT pour les marchés des collectivités territoriales.

Plusieurs supports aux avis d’appel à concurrence doivent ici être distingués :

  • au-delà de 90 000 € (quelle que soit la qualité de l’organisme à l’origine du marché), il convient de se reporter aux journaux d’annonces légales (les JAL). Sont ici visés : les journaux et revues professionnels qui reproduisent les avis de marchés concernant leurs profession, les publications locales pour les marchés publics locaux, les affiches apposées sur les bâtiments publics (pour les marchés de faible importance) ;
  • en dessous de 90 000 €, la publicité est libre mais doit être adaptée à l’objet du marché et propre à permettre une mise en concurrence réelle et efficace. L'absence de formalité particulière n'exclut pas en effet la publicité : cette dernière est obligatoire (sauf si les circonstances le justifient ou si le montant estimé est inférieur à 20 000 €).

Ces marchés, ainsi que signalé précédemment, peuvent également faire l’objet d’une insertion au BOAMP (la publication peut même être simultanée).


Internet : s’y retrouver sur la toile

En dehors des sites du BOAMP et du JOUE (TED, tender electronic daily) l’acheteur peut informer de ses marchés via son propre site ou un portail adapté. Au demeurant, depuis le 1er janvier 2010, la publication sur le profil d'acheteur est obligatoire pour les marchés de plus de 90 000 €.

Des plates-formes communes ont été mises en place afin de regrouper les avis d’appel à concurrence de plusieurs acheteurs (certaines communes se sont ainsi associées sur un portail régional, de même que différents groupements hospitalo-universitaires ou encore des structures regroupées en intercommunalité). Mais, seul l’État a l’obligation de passer par une plate-forme unique. Il s'agit de la "Place de marché interministérielle" qui concerne les achats de tous les services centraux et déconcentrés de l'Etat ainsi que ceux de ses établissements publics administratifs. Face à la multitude des sites, il est impossible d’avoir une connaissance exhaustive des marchés susceptibles d’intéresser son entreprise… Il n’existe pas, par exemple, d’adresse internet unique pour l’ensemble des marchés des communes d’Ile-de-France.

Autre point de différenciation entre les sites : les fonctionnalités et la navigabilité. La plupart propose (fort opportunément) des alertes mèls (une fois ses critères enregistrés - montant, produits concernés… - l’entreprise est tenue informée des achats mentionnés sur le site correspondant à ses compétences) mais il n'est pas toujours aisé de s'y retrouver.

Il existe des sociétés spécialisées qui effectuent, moyennant rémunération, la veille en lieu et place des entreprises. Ce peut être une bonne solution ; il revient à chacun d'établir son bilan coût / avantages en fonction du montant des prestations, du nombre d'annonces attendues, de la qualité de la recherche... Un test des offres est conseillé.


Toujours rester en veille

Les modalités ci-dessus exposées soulignent combien la connaissance des futurs marchés publics n’est pas toujours aisée. Internet a entraîné de considérables gains de temps et une souplesse corrélative mais l’entrepreneur doit toujours rester attentif.

Cela se vérifie d’autant plus pour les petites structures qui n’ont pas la possibilité d’emporter seules (c'est-à-dire en dehors des cas de groupements d’entreprise ou de sous-traitance) les marchés allant au-delà de 125 000 € (soyons réaliste : difficile d’attribuer à marché qui représenterait plus de 80 % du chiffre d’affaires de l’entreprise). Ces PME doivent donc viser avant tout les MPPA… dont l’annonce en ligne n’est obligatoire qu'au-delà de 90 000 € ! A cela s’ajoute la non-mise en concurrence des marchés d’un montant inférieur à 20 000 €…

Pour autant, l’entreprise n’est pas sans ressource, surtout si elle a, au préalable établi très précisément ses compétences et ses attentes : Souhaite-t-elle travailler avec des acteurs de proximité ? Ambitionne-t-elle les marchés de structures géographiquement très éloignées mais qui peuvent être intéressées par sa technicité et son savoir-faire ? Ne peut-elle viser que les plus petits marchés… Autant de déterminants facilitant sa veille (la lecture, virtuelle ou matérielle, des supports d’appel à candidature sera consécutivement allégée). Enfin, on l'a vu, elle peut faire appel à des sociétés spécialisées dans la recherche, en ses lieu et place, des marchés susceptibles de l’intéresser.

Faisons donc confiance au développement du numérique et à la transparence des procédures : si l’entreprise se doit de toujours rester en veille, elle bénéficie parallèlement d’un accès facilité et renforcé à l’information.


 

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