À quoi sert un contrat de parrainage et comment le rédiger correctement ?

Dans un environnement économique de plus en plus concurrentiel, le parrainage s’impose comme un levier stratégique majeur pour accroître la visibilité des entreprises et créer des partenariats gagnant-gagnant. Que vous soyez une PME souhaitant soutenir un événement local, une association cherchant à sécuriser des financements, ou un sportif recherchant des sponsors, la contractualisation de cette relation commerciale revêt une importance capitale. Le contrat de parrainage constitue bien plus qu’une simple formalité administrative : il établit un cadre juridique précis, protège les intérêts de chaque partie, et fixe les obligations réciproques dans un contexte où les enjeux financiers, fiscaux et réputationnels peuvent être considérables. Comprendre les subtilités de ce document contractuel vous permettra d’éviter les écueils courants et de maximiser les bénéfices de cette collaboration.

Définition juridique et cadre légal du contrat de parrainage

Le contrat de parrainage, également désigné sous le terme anglo-saxon de sponsoring, désigne juridiquement un accord par lequel une entreprise apporte un soutien matériel ou financier à une personne, une organisation ou un événement, en contrepartie d’une visibilité commerciale significative. Cette définition le distingue fondamentalement d’autres formes de soutien comme le mécénat ou les dons désintéressés. Dans le parrainage, la dimension commerciale demeure centrale : le parrain recherche explicitement un retour sur investissement mesurable sous forme de notoriété, d’image de marque ou de développement commercial.

Sur le plan juridique, ce contrat relève du droit commun des contrats et constitue une prestation de services bilatérale. Les deux parties s’engagent réciproquement : le sponsor fournit des ressources financières ou matérielles, tandis que le parrainé s’oblige à délivrer des prestations de communication et de visibilité. Cette nature synallagmatique implique que chaque engagement conditionne l’autre, créant ainsi un équilibre contractuel qui doit être soigneusement formalisé pour éviter tout contentieux ultérieur.

Distinction entre contrat de parrainage et contrat de mécénat selon le Code général des impôts

La distinction entre parrainage et mécénat revêt une importance capitale, notamment en raison des conséquences fiscales radicalement différentes qui en découlent. Le Code général des impôts établit une ligne de démarcation claire : le mécénat se caractérise par un soutien désintéressé, où les contreparties demeurent symboliques et disproportionnées par rapport à l’apport du mécène. Ce dernier peut alors bénéficier d’une réduction d’impôt substantielle, pouvant atteindre 60% du montant versé dans certaines conditions.

À l’inverse, le parrainage implique des contreparties substantielles et proportionnées à la contribution du sponsor. Ces contreparties doivent présenter une réelle valeur commerciale et publicitaire pour l’entreprise. L’administration fiscale examine attentivement cette proportionnalité : si la visibilité offerte apparaît comme un juste échange économique, l’opération sera requalifiée en parrainage, avec pour conséquence l’impossibilité de bénéficier des avantages fiscaux du mécénat. Cette requalification peut survenir lors de contrôles fiscaux, d’où l’importance d’une rédaction contractuelle précise et conforme à la réalité de la prestation.

Caractéristiques contractuelles du sponsoring selon l’article 1101 du Code civil

L’article 1101 du Code civil, pilier du droit des contrats français, définit le contrat comme « un accord de volontés entre deux ou plusieurs personnes destiné à créer, modifier, transmettre ou éteindre des obligations ». Appliqué au contrat de parrainage, cela signifie que les parties disposent d’une large liberté pour organiser leur relation, dans le respect de l’ordre public et des lois impératives (droit de la consommation, droit de la concurrence, loi Evin, RGPD, etc.). Le sponsoring est donc un contrat innommé : il n’est pas spécifiquement défini par la loi, mais il est pleinement valide dès lors qu’il respecte les conditions de validité du contrat (consentement libre et éclairé, capacité, contenu licite et certain).

En pratique, le contrat de parrainage est un contrat synallagmatique (obligations réciproques), onéreux (chaque partie reçoit un avantage), à exécution successive (les obligations s’échelonnent sur une période) et souvent intuitu personae (conclu en considération de la personne du parrainé ou du parrain). Ces caractéristiques doivent être gardées en tête au moment de la rédaction : elles justifient, par exemple, l’insertion de clauses de résiliation en cas d’atteinte à l’image, de mauvaise performance ou de changement de contrôle d’une des parties.

Obligations déclaratives auprès de l’URSSAF et traitement fiscal des contreparties

Le contrat de parrainage n’a pas seulement des incidences commerciales et marketing : il emporte aussi des conséquences sociales et fiscales, souvent sous-estimées. Dès lors que le parrainage donne lieu à des avantages pour des personnes physiques (chèques-cadeaux, dotations, primes), il convient d’analyser si ces avantages sont susceptibles d’être assimilés à une rémunération et de relever des cotisations sociales. L’URSSAF est particulièrement vigilante sur les programmes de parrainage client qui, mal structurés, peuvent être requalifiés en activité professionnelle dissimulée.

Pour éviter cette requalification, les parrains « clients apporteurs d’affaires » doivent agir de manière occasionnelle, sans lien de subordination, sans consignes précises et sans percevoir de rémunérations disproportionnées. Les dotations (par exemple en chèques-cadeaux) doivent rester d’un montant raisonnable et être clairement documentées. Fiscalement, du côté du sponsor, les dépenses de parrainage sont en principe déductibles du résultat en charges de publicité, à condition qu’elles soient engagées dans l’intérêt de l’entreprise et que les contreparties soient réelles et justifiées. Du côté du parrainé, les sommes perçues constituent un produit imposable, soumis à TVA lorsqu’il s’agit d’une structure assujettie.

Jurisprudence applicable : arrêts de la cour de cassation en matière de parrainage

La jurisprudence joue un rôle clé pour sécuriser un contrat de parrainage, car elle précise les frontières entre mécénat, parrainage et prestations publicitaires classiques. À plusieurs reprises, la Cour de cassation a rappelé que l’existence de contreparties « significatives » en termes de visibilité emporte qualification de parrainage commercial, même si les parties qualifient l’opération autrement. Les juges se fondent sur la réalité économique de l’opération : logo sur les supports, mentions dans les communiqués, droit d’utiliser l’image de l’événement, etc.

Les décisions de la Cour ont également insisté sur la nécessité de proportionner les contreparties à la contribution financière. Lorsque les avantages consentis au sponsor sont manifestement disproportionnés, l’administration fiscale peut remettre en cause la déduction intégrale des charges ou requalifier l’opération. À l’inverse, lorsque la visibilité est quasi inexistante, la qualification de mécénat peut être retenue, avec un régime fiscal différent. Pour vous, l’enjeu est simple : rédiger un contrat de parrainage qui reflète fidèlement la réalité des prestations, et conserver toutes les preuves de leur exécution (photos, captures d’écrans, bilans de diffusion).

Clauses essentielles et mentions obligatoires du contrat de parrainage

Identification précise des parties contractantes et capacité juridique des signataires

La première brique d’un contrat de parrainage solide est l’identification rigoureuse des parties. Le contrat doit mentionner la dénomination sociale complète, la forme juridique, l’adresse du siège, le numéro SIREN/SIRET, le capital social et l’identité du représentant légal de chaque entité. Si le parrainé est une association, il est utile de rappeler son objet, son numéro RNA et, le cas échéant, sa reconnaissance d’utilité publique ou son éligibilité au mécénat, même si l’opération en cause est du sponsoring.

La capacité juridique du signataire doit être vérifiée : le dirigeant ou le mandataire doit disposer des pouvoirs nécessaires pour engager la structure (pouvoirs statutaires, délégation de signature, mandat spécifique). En cas de parrainage international, il est conseillé de préciser également le registre d’immatriculation étranger et les éléments d’identification requis dans le pays concerné. Une erreur ou un flou sur l’identité des parties peut fragiliser l’exécution du contrat, compliquer les recours en justice et ouvrir la porte à des contestations ultérieures.

Définition des prestations de visibilité et supports de communication couverts

Le cœur opérationnel d’un contrat de parrainage réside dans la description des prestations de visibilité. Il ne suffit pas d’écrire que le parrainé « assurera la promotion de la marque » : il faut détailler les supports, les formats, les volumes et, autant que possible, un calendrier indicatif. S’agit-il d’affichage sur site, de mentions dans des communiqués de presse, de publications sur les réseaux sociaux, de placement de logo sur des maillots, de panneaux LED, de bannières web, de newsletters ?

Pour éviter les malentendus, il est utile de prévoir un plan média annexé au contrat, qui liste les supports de communication couverts par le parrainage, leur fréquence d’utilisation et, le cas échéant, les audiences estimées. Pensez aussi à encadrer les usages numériques : nombre de posts, durée de maintien des contenus en ligne, hashtags à utiliser, référencement de la marque. Plus vous serez précis, plus il sera facile ensuite de vérifier l’exécution du contrat et de mesurer les retombées du parrainage.

Valorisation financière des contreparties et modalités de facturation

Au-delà du montant global du parrainage, le contrat doit présenter une valorisation financière claire des contreparties. Il est recommandé d’indiquer le prix total HT et TTC, le détail des prestations de visibilité et, si possible, leur valorisation individuelle (par exemple, coût d’un encart publicitaire, tarif d’un post sponsorisé, valeur locative d’un stand). Cette granularité renforce la crédibilité de l’opération en cas de contrôle fiscal et permet au sponsor de justifier la déductibilité de la dépense.

Les modalités de facturation doivent également être prévues : facture unique ou échelonnée, calendrier de paiement, conditions de versement (virement, acompte, solde), pénalités de retard et éventuelles remises. Lorsque le parrainage est pluriannuel, on veillera à préciser la répartition des montants par exercice comptable. Enfin, si le parrainage prend partiellement la forme d’apports en nature (mise à disposition de matériel, fourniture de produits), la méthode de valorisation doit être explicitée pour éviter toute contestation.

Durée contractuelle, périodes d’exclusivité et clause de reconduction tacite

La durée du contrat de parrainage est un élément structurant, notamment lorsqu’il s’inscrit dans un projet événementiel (tournoi, festival, exposition temporaire) ou une saison sportive. Le contrat doit préciser la date de prise d’effet, la date de fin, et, le cas échéant, la période pendant laquelle les obligations de visibilité continuent à s’exécuter (par exemple, maintien du logo sur les supports numériques pendant quelques mois après l’événement). En cas de parrainage récurrent, une clause de reconduction tacite peut être envisagée, assortie d’un délai de préavis raisonnable pour y mettre fin.

Les clauses d’exclusivité sont un enjeu stratégique. Un sponsor principal peut exiger d’être « partenaire officiel exclusif » dans son secteur d’activité (banque, automobile, télécommunications, etc.). Il s’agit alors de définir précisément le périmètre de cette exclusivité (produits et services concernés, territoire géographique, canaux de communication) pour éviter les conflits avec d’autres partenaires. Une exclusivité trop large peut freiner la capacité de l’organisateur à trouver d’autres financements, tandis qu’une exclusivité mal définie peut générer des litiges coûteux.

Droits d’exploitation de l’image, logo et propriété intellectuelle du parrain

Le parrainage implique presque toujours l’utilisation de signes distinctifs : logos, marques, slogans, mais aussi parfois l’image de personnes (athlètes, artistes, influenceurs) ou de lieux emblématiques. Le contrat doit donc encadrer précisément les droits de propriété intellectuelle concédés par chaque partie. Le parrain autorise le parrainé à utiliser son logo et sa marque sur certains supports, tandis que le parrainé peut autoriser le parrain à exploiter son nom, son image ou celle de l’événement dans sa communication.

Vous devez définir l’étendue de ces droits (supports concernés, durée de l’autorisation, territoire, langues, possibilité ou non de sous-licencier), ainsi que les limitations (interdiction de modifier un logo, respect d’une charte graphique, interdiction d’associer l’image à certains produits sensibles comme l’alcool ou le tabac). Pensez également à prévoir une clause de retrait : que se passe-t-il si l’une des parties change de logo en cours de contrat, ou si un ambassadeur s’avère impliqué dans un scandale ? Une bonne clause sur les droits d’image permet de conserver la maîtrise de votre identité de marque.

Rédaction des obligations réciproques entre parrain et parrainé

Engagements de performance du parrainé : KPI et objectifs mesurables de visibilité

Pour sortir du flou et éviter les déceptions, il est pertinent de fixer des objectifs mesurables de visibilité dans votre contrat de parrainage. Ces indicateurs clés de performance (KPI) peuvent porter sur le nombre minimal de publications, les audiences cibles, le trafic web généré via des liens traqués, le nombre de participants à un événement, ou encore le volume d’impressions publicitaires estimées. Bien sûr, le parrainé ne maîtrise pas tout (par exemple, l’audience réelle d’une émission sportive), mais il peut s’engager sur des moyens concrets de mise en avant.

Pourquoi ne pas annexer un tableau de suivi des KPI au contrat ? Cela permet aux deux parties de partager une vision commune des résultats attendus et de programmer des bilans intermédiaires. On peut par exemple prévoir un rapport de sponsoring trimestriel, qui récapitule les actions menées, les supports utilisés et les audiences constatées. Cette approche professionnelle rassure le sponsor, qui voit son investissement encadré et suivi, et elle permet au parrainé de démontrer sa valeur sur le long terme.

Obligations de moyens versus obligations de résultat dans le plan média

Dans la plupart des contrats de parrainage, le parrainé est tenu d’une obligation de moyens, et non de résultat. Autrement dit, il s’engage à mettre en œuvre tous les moyens raisonnables pour donner au sponsor la visibilité convenue, sans garantir un volume de ventes ou un taux de conversion précis. Cette distinction est fondamentale : vous ne pouvez pas raisonnablement exiger d’un club sportif qu’il « assure » une augmentation de 20 % de votre chiffre d’affaires, mais vous pouvez lui demander de respecter un plan média détaillé.

Il peut toutefois être pertinent de combiner obligation de moyens et objectifs indicatifs de résultat. Par exemple, le contrat peut préciser qu’une campagne digitale devra viser un certain nombre d’impressions ou de clics, sans que le non-atteinte de cette cible emporte automatiquement responsabilité contractuelle, dès lors que le parrainé a mis en œuvre les actions prévues. Pour éviter les contentieux, cette distinction doit être clairement énoncée dans le contrat, en expliquant ce qui relève d’une obligation ferme (par exemple, apposition du logo sur tous les billets) et ce qui relève d’une cible indicative.

Clauses de non-concurrence et respect des valeurs de marque du sponsor

Le parrainage ne se résume pas à un simple affichage de logo : il engage l’image de marque du sponsor. Il est donc légitime que celui-ci souhaite encadrer le comportement et les partenariats du parrainé pendant la durée du contrat. Les clauses de non-concurrence peuvent interdire au parrainé de conclure simultanément des accords de parrainage avec des concurrents directs du sponsor, dans un secteur défini. Ce type de clause doit cependant rester proportionné pour ne pas être considéré comme abusif ou contraire au droit de la concurrence.

En parallèle, une clause de respect des valeurs de marque peut imposer au parrainé (et, le cas échéant, à ses représentants ou athlètes) de s’abstenir de tout comportement contraire à l’éthique, discriminatoire, violent ou portant atteinte à l’image du sponsor. À l’ère des réseaux sociaux, une simple publication polémique peut suffire à déclencher une crise de réputation : mieux vaut donc prévoir à l’avance les conséquences contractuelles de tels agissements (avertissement, suspension du contrat, résiliation immédiate).

Conditions suspensives liées aux résultats sportifs ou événementiels

Dans certains secteurs, et notamment le sport de haut niveau, les résultats peuvent conditionner la visibilité réelle offerte au sponsor. Un club relégué, un événement annulé, une compétition reportée : autant de scénarios qui impactent directement l’exécution du contrat de parrainage. Pour se prémunir contre ces aléas, il est possible d’introduire des conditions suspensives ou résolutoires liées à la tenue effective de l’événement, à la participation d’un athlète à une compétition majeure, ou à l’obtention de certaines autorisations administratives.

Ces clauses doivent être maniées avec précaution. Une condition suspensive trop large pourrait rendre le contrat incertain, voire inopérant, si l’événement n’a finalement pas lieu. À l’inverse, prévoir une simple clause de réaménagement (par exemple, report des prestations de visibilité sur une autre saison, ou conversion en campagne digitale) peut offrir une solution plus souple en cas de circonstances imprévues. La crise sanitaire liée à la Covid-19 a montré l’importance de ce type de dispositions dans les contrats de sponsoring.

Aspects financiers et comptabilisation du contrat de parrainage

Valorisation des apports en nature selon le plan comptable général

Le parrainage ne prend pas toujours la forme d’un simple virement bancaire. Une entreprise peut apporter des biens (produits, équipements, véhicules) ou des services (mise à disposition de personnel, prestations techniques) en échange de visibilité. Ces apports en nature doivent être valorisés de manière fiable, conformément au Plan comptable général (PCG). En règle générale, ils sont enregistrés pour leur valeur vénale, c’est-à-dire le prix auquel ils auraient pu être vendus dans des conditions normales de marché.

Pour le sponsor, ces apports sont comptabilisés en charges de publicité ou de communication, avec une écriture spécifique lorsqu’il s’agit de prêts de matériel ou de prestations internes. Pour le parrainé, ils constituent des produits, parfois assortis d’une constatation en immobilisations lorsqu’il s’agit de biens durables. Dans tous les cas, une documentation précise (devis, factures internes, conventions de mise à disposition) est indispensable pour justifier les montants retenus, notamment en cas de contrôle fiscal ou de certification des comptes.

Traitement de la TVA sur les prestations de parrainage : taux applicable

Sur le plan de la TVA, le parrainage est en principe assimilé à une prestation de services publicitaire. Le parrainé, lorsqu’il est assujetti à la TVA, doit donc facturer la contribution du sponsor avec la TVA au taux normal (actuellement 20 % en France, sauf cas particuliers de taux réduits spécifiques très rares dans ce domaine). En contrepartie, le sponsor peut déduire cette TVA, à condition d’être lui-même assujetti et de réaliser des opérations ouvrant droit à déduction.

En cas d’apport en nature, la logique reste la même : la prestation publicitaire fournie par le parrainé est soumise à TVA sur la base de la valeur des biens ou services apportés, même si aucun flux monétaire n’est échangé. Les opérations croisées (échanges de visibilité contre produits ou services) peuvent donc nécessiter une facturation réciproque avec TVA. Pour éviter les mauvaises surprises, il est crucial de prévoir, dès le contrat, qui supportera la TVA et de veiller à ce que les prix soient exprimés « hors taxes » ou « toutes taxes comprises » de manière parfaitement claire.

Déductibilité fiscale des dépenses de sponsoring pour l’entreprise sponsor

Pour l’entreprise sponsor, l’un des grands avantages du parrainage réside dans la possibilité de déduire fiscalement les dépenses correspondantes, en les comptabilisant en charges de publicité ou de promotion. Pour être déductibles, ces dépenses doivent toutefois répondre à plusieurs critères : être engagées dans l’intérêt de l’exploitation, être justifiées par des pièces probantes, et ne pas être excessives au regard du bénéfice attendu. Comme pour toute dépense de marketing, l’administration peut remettre en cause la déduction si le coût apparaît manifestement disproportionné.

L’un des points de vigilance concerne la frontière avec les dépenses somptuaires (par exemple, sponsoring de luxe sans lien crédible avec l’activité de l’entreprise) et avec le mécénat. Si l’administration considère que la contrepartie publicitaire est insuffisante, elle pourrait refuser la déduction totale en charges de sponsoring. D’où l’intérêt d’un contrat précis, d’une évaluation réaliste des contreparties et d’un dossier documentaire solide (statistiques de visibilité, rapports d’audience, photos, coupures de presse). En résumé, plus les objectifs et les résultats du parrainage sont documentés, plus la déductibilité fiscale est sécurisée.

Clauses de résiliation, responsabilités et contentieux contractuels

Conditions de résiliation anticipée et calcul des indemnités compensatoires

Aucun partenariat n’est à l’abri d’un imprévu : changement de stratégie marketing, difficulté financière, scandale médiatique, annulation d’événement… Le contrat de parrainage doit donc encadrer rigoureusement les conditions de résiliation anticipée. On distingue généralement la résiliation pour faute (non-respect grave et répété des obligations contractuelles) et la résiliation pour convenance (volonté unilatérale de mettre fin au contrat sans faute de l’autre partie, dans certains cas négociés).

Pour chaque hypothèse, il est utile de définir la procédure (mise en demeure, délai pour remédier au manquement, notification écrite) et les conséquences financières. En cas de résiliation imputable au parrainé, le sponsor pourra réclamer le remboursement des sommes versées pour les prestations non réalisées, voire des dommages et intérêts. À l’inverse, si la rupture est imputable au sponsor, une indemnité compensatoire peut être prévue pour les prestations déjà engagées ou les investissements irréversibles du parrainé. Un mode de calcul clair réduit le risque de contentieux ultérieurs.

Clause pénale en cas de non-respect des engagements de visibilité

Pour dissuader tout manquement et simplifier l’évaluation des préjudices, il est possible d’insérer une clause pénale dans le contrat de parrainage. Cette clause fixe à l’avance le montant de l’indemnité due en cas de non-respect d’une obligation précise, par exemple l’absence de logo sur un support majeur, la non-diffusion d’un certain nombre de publications, ou le non-respect d’une exclusivité. Attention cependant : les juges peuvent réduire une clause pénale manifestement excessive ou dérisoire.

La clause pénale doit donc être proportionnée au risque réellement encouru par le sponsor. Elle peut par exemple prévoir un pourcentage du prix total du contrat, ou un montant forfaitaire lié à la valeur de la prestation manquante. Rédigée intelligemment, elle joue un rôle préventif : chaque partie sait à quoi s’en tenir, et le parrainé est incité à respecter scrupuleusement le plan de visibilité convenu.

Responsabilité civile professionnelle et couverture assurantielle obligatoire

Un contrat de parrainage bien construit s’intéresse aussi aux risques matériels et corporels. En cas d’événement sportif, culturel ou festif, un incident peut survenir : blessure d’un participant, dommage causé à un bien, panne de matériel… Qui sera responsable, et quelle assurance prendra en charge les conséquences financières ? Pour répondre à ces questions, il est impératif de vérifier l’existence et l’étendue des polices d’assurance de chaque partie, et de les mentionner dans le contrat.

Le parrainé (organisateur d’événement, association, club) doit en général souscrire une assurance responsabilité civile organisateur, couvrant les dommages causés aux tiers pendant l’événement. Le sponsor, de son côté, peut être amené à garantir certains matériels ou stands qu’il installe sur site. Le contrat devrait préciser les obligations d’assurance, les plafonds de garantie, les franchises, et, si nécessaire, l’obligation de produire une attestation d’assurance avant le début de la collaboration. En cas de sinistre, ces précautions évitent des discussions interminables sur la répartition des responsabilités.

Clause attributive de compétence et médiation conventionnelle des litiges

Enfin, un volet fréquemment négligé mais crucial du contrat de parrainage concerne le règlement des litiges. Qui sera compétent en cas de différend : le tribunal du siège du parrain, celui du parrainé, ou un autre tribunal convenu ? Une clause attributive de compétence permet de désigner à l’avance la juridiction (et parfois la loi applicable, notamment dans les contrats internationaux) qui tranchera les éventuels contentieux. Cette clause doit être rédigée avec soin pour être valable, en respectant notamment les règles protectrices du droit de la consommation si l’une des parties est un consommateur.

Avant d’en arriver au procès, il est souvent judicieux de prévoir un mécanisme de règlement amiable : conciliation, médiation conventionnelle, arbitrage. Une clause de médiation peut par exemple imposer aux parties de tenter une résolution amiable auprès d’un médiateur désigné, avant toute saisine du juge. Cette approche présente deux avantages majeurs : elle préserve la relation commerciale lorsque cela reste possible, et elle permet de gagner du temps et de l’argent par rapport à une procédure judiciaire classique.

Validation juridique et formalités administratives du contrat de parrainage

Une fois le contrat de parrainage rédigé, un travail de validation juridique s’impose. Selon l’ampleur du projet et les montants en jeu, il est recommandé de faire relire le projet par un avocat spécialisé en droit des contrats, en droit du sport ou en droit public (si une collectivité est impliquée). Cet audit permet de vérifier la conformité du contrat aux textes applicables (Code civil, Code de commerce, Code du sport, Code général des impôts, loi Evin, RGPD), de repérer les clauses déséquilibrées ou inapplicables, et de s’assurer que les droits de propriété intellectuelle et d’image sont correctement encadrés.

Sur le plan administratif, aucune formalité d’enregistrement n’est en principe imposée pour un contrat de parrainage entre acteurs privés. Cependant, dans certains cas particuliers (collectivités territoriales, établissements publics, organisations internationales), des procédures internes ou des délibérations préalables peuvent être nécessaires. Il est également recommandé de conserver soigneusement toutes les versions signées, ainsi que les annexes (plans média, grilles tarifaires, chartes graphiques, attestations d’assurance). Enfin, n’oubliez pas que la conformité ne s’arrête pas à la signature : le suivi d’exécution, la traçabilité des prestations et la mise à jour du contrat en cas d’évolution du partenariat sont tout aussi essentiels pour sécuriser votre opération de parrainage dans la durée.

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